COMME le prêt-à-porter, ce qui a trait à la beauté a suscité de véritables industries. On sait le nombre considérable de produits nouveaux, parfums et cosmétiques, lancés régulièrement sur le marché. Il se vend, en moyenne, chaque année, en France (en unités), 24 463 000 rouges à lèvres, 13 911 000 vernis à ongles, 15 080 000 fonds de teint, 66 668 000 bombes de laques. Exprimé en millions de francs, le chiffre d’affaires global (hors taxes) de la parfumerie française était de 1 058 en 1962, 1 622 en 1965 et 2 396 en 1968. Toujours exprimé en millions de francs, ce chiffre d’affaires, hors taxes, se répartissait de la façon suivante, par tranche : parfumerie alcoolique, 499 en 1964, 715 en 1968 ; produits de beauté, 352 en 1964, 635 en 1968 ; produits capillaires, 385 en 1964, 695 en 1968 ; produits de toilette, 132 en 1964, 262 en 1968.
Devant le succès énorme d’un métier relativement récent, beaucoup de jeunes filles, assez jolies, coquettes, peu douées pour les études, s’imaginent qu’elles peuvent ainsi réussir, en peu de temps, à gagner beaucoup d’argent, sans grand effort. Sans savoir, elles sont d’avance séduites par la perspective d’un décor luxueux où évoluent des clientes élégantes qui représentent un milieu aisé. Elles imposent quelquefois à des parents dont les revenus sont modestes des sacrifices financiers importants – tous les établissements ne dispensent pas leur enseignement de l’esthétique gratuitement, tant s’en faut – et sont ensuite étonnées de ne pas trouver d’emploi. C’est qu’il y a méprise, dans bien des cas.
Être esthéticienne, ce n’est pas seulement savoir réussir un maquillage. Contrairement à ce que d’aucuns pensent, ce métier est une conquête difficile, une vocation sociale, qui requiert beaucoup de qualités, tant physiques que morales. Il faut être jolie sans agressivité, extrêmement soignée, très méticuleuse, manuellement habile, rapide, et avoir du goût. Mais surtout, cela est essentiel, être disponible, compréhensive, attentive, sensible, prête à s’oublier pour écouter, aider la cliente, la conseiller, la mettre à l’aise, lui inspirer confiance, la guider, l’orienter. C’est ce qui explique que l’âge le plus favorable pour réussir à se constituer une clientèle oscille entre vingt-cinq et quarante-cinq ans. C’est aussi ce qui donne une tout autre dimension à la profession. Car, si la pose d’un masque ou l’extraction de comédons n’a rien de très enthousiasmant, aider une femme à révéler sa personnalité ou à reprendre goût à la vie par la conquête d’un aspect extérieur plus attrayant est autrement exaltant.
Enseignement
Il est impensable qu’un praticien dont le rôle est d’appliquer des soins à la peau en ignore la structure, la physiologie, le rôle, voire quelques éléments de pathologie, afin de pouvoir, le cas échéant, conseiller la visite à un médecin. Il est aussi inconcevable qu’une bonne esthéticienne, sans empiéter sur le domaine réservé au kinésithérapeute, n’ait pas étudié l’anatomie. Il semble impossible d’acquérir des connaissances pratiques, artistiques, para-médicales, psychologiques et commerciales sérieuses en quelques semaines de travail, à un rythme intensif. Après plusieurs mois d’ensieignement bien assimilé, la meilleure élève devra se perfectionner par l’expérience, avant d’être en pleine possession de ses moyens. Autant d’éléments qui impliquent des études strictement suivies Jusqu’en 1963. il n’existait aucune qualification professionnelle, mais seulement des certificats de scolarité, délivrés par des institutions privées.